Les malades ne sont pas censés pratiquer le jeûne, mais ils sont nombreux à vouloir malgré tout le respecter. Or, le jeûne entraîne une fragilisation de l’organisme malade, et de nombreuses personnes sous traitement ne respectent plus leurs prises médicamenteuses, sous prétexte que l’absorption par voie orale d’un médicament durant la journée rompt le jeûne...
Le Dr Noumou Sidibé du service de la cardiologie de l’hôpital Gabriel Touré constate que la plupart des patients sont des hyper-tendus. Il est déconseillé à ces patients de jeûner sans consulter leurs médecins traitants.
Le Dr Sidibé indique tout de même que les patients qui suivent régulièrement les traitements sans autres complications de la maladie et sans contre indication du médecin peuvent jeûner. Mais les cas où la maladie est compliquée, soit avec une insuffisance rénale ou cardiaque, dans les cas de figure, les cardiologues déconseillent aux patients de jeûner. Même s’ils se sentent bien avec les traitements. «Le seul souci parfois est la posologie des médicaments. Nous regrettons aujourd’hui certains comportements des malades pendant ce mois. Les patients ont tendance à modifier arbitrairement les heures de prise de médicament, le nombre de doses, la durée entre les prises et même la quantité totale de médicaments durant le mois de ramadan». Il insiste sur le fait qu’il ne suffit pas de poursuivre la prise de médicaments, mais qu’il faut aussi les absorber au bon moment. Des aménagements thérapeutiques peuvent être trouvés au cas par cas. Ainsi, les personnes souffrant d’arthrite, qui doivent prendre des anti-inflammatoires trois ou quatre fois par jour, peuvent les remplacer par une dose unique de Piroxicam, efficace sur une longue durée.
«Pour tout malade qui désire jeûner, une consultation avant, pendant et après le ramadan s’avère indispensable. Le ramadan a des conséquences médicales importantes dans le domaine hormonal, avec des hypoglycémies fréquentes, surtout dans les premiers jours du jeûne, dans le domaine de l’hydratation, avec des urines plus concentrées et moins abondantes, sur le transit intestinal, avec l’apparition de constipation, et dans le domaine psychologique, car le jeûne est une contrainte que l’esprit impose au corps», a expliqué, le Dr Noumou Sidibé du service de la cardiologie de l’hôpital Gabriel Touré.
Les patients diabétiques peuvent-t-ils faire le Ramadan ?
Les gens qui ont un diabète non insulinodépendant, traités avec des antidiabétiques oraux, peuvent normalement faire le ramadan. Cependant, ceux qui ont un diabète de type 2 traités aux sulfamides doivent ajuster la posologie, et faire contrôler plus fréquemment leur niveau glycémique. Il faut qu’ils demandent conseil à leur médecin.
Pour les diabétiques traités par l’insuline, il est impératif de consulter son diabétologue. Celui-ci pourra alors prévoir un protocole d’insulinothérapie fonctionnelle. Les principaux risques pour les diabétiques sont les excès lors de la rupture du jeûne et la non adaptation de leur traitement antidiabétique au cours de cette période de jeune pour éviter les risques de complication.
Peut-on faire le ramadan pendant la grossesse ?
Il est formellement déconseillé aux femmes enceintes de pratiquer le jeûne du Ramadan. «Je ne pense pas qu’il faille les y encourager pendant cette période. Néanmoins, pour celles qui tiennent absolument à le faire, une surveillance médicale accrue est nécessaire», a expliqué, le Dr Noumou Sidibé.
Pendant le mois saint du Ramadan, notre alimentation ne devrait pas différer beaucoup de notre alimentation habituelle et devrait être aussi simple que possible. L’alimentation devrait être telle que nous maintenions notre poids normal, sans perte ni sans gain. Cependant, si on est en excès de poids, le Ramadan est une période idéale pour le normaliser.
Précaution : l’hypotension devrait être confirmée avec une mesure de la tension artérielle au moment des symptômes. Les personnes ayant de l’hypertension devraient faire ajuster leur prise de médicaments pendant le Ramadan. Elles devraient consulter leur médecin.
Le jeûne n’aurait-il que des mauvais côtés sur la santé ?
Pour le Dr sidibé, «une fois par an, en jeûnant, nous réactivons des mécanismes de notre corps qui ne sont pas utilisés en temps normal mais qui, en cas de pénurie de nourriture ou d’eau, nous permettraient de survivre plus longtemps. On peut raisonnablement penser que la réactivation régulière de ces mécanismes les entretient et leur permet d’être immédiatement disponibles en cas de besoin, comme l’exercice physique entretient les muscles, les os et les articulations».
Nouhoum Dicko
Le Républicain du 21 août 2009
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