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Feb 09th

Guinée-Niger: Médiation ou capitulation ?

Crises politiques en Afrique - S’ils ne bénéficient pas, à ce stade, de la clémence de leurs clients respectifs, les médiateurs Blaise Compaoré et Abu Salam Abubakar vont passer bien des nuits blanches, voire jeter simplement l’éponge.

Tant, pour l’heure, les oppositions nigérienne et guinéenne sont intransigeantes face à des pouvoirs têtus. Certes, les contextes des deux pays sont différents. Au Niger, le massacre est institutionnel alors qu’en Guinée il est humain. Tandja a marché sur le cadavre de la constitution, du parlement, de la cour constitutionnelle là où Dadis a simplement fait flinguer des manifestants hostiles à sa candidature. Mais tous les deux affrontent le même problème : la détermination de leur opposition à les faire partir, le Nigérien dès le 22 décembre et le Guinéen incessamment.

Y a-t-il une chance que cela se produise ? La politique n’est pas une science exacte, mais les oppositions africaines ont le souffle court, on le sait, alors que tout indique plus de sympathie des médiateurs pour les pouvoirs en place. Une sympathie particulièrement accusée pour la Guinée, en dépit des fatwas des organisations africaines et de la communauté internationale contre Niamey et Conakry.

En proposant de le maintenir pour piloter une transition de dix mois et de lui reconnaître le droit à être candidat à la présidentielle guinéenne, Compaoré donne, en effet, plus de pouvoir à Dadis qu’avant le 28 septembre 2009. Car, il ne faut pas l’oublier, la date des élections pour janvier 2010 est une exigence de l’opposition à laquelle la junte de Conakry dut se rallier. Si le schéma du facilitateur burkinabé n’avait pas été récusé par les Forces vives, Dadis aurait eu le beurre, l’argent du beurre et même la crémière.

Rien d’étonnant alors que l’opposition guinéenne ait crié à la trahison. Pour ce qui est du médiateur nigérian, il sait qu’il ne peut pas proposer de dialogue entre les protagonistes, mais simplement soutenir la position des adversaires de Tandja, ce qu’il n’a pas fait. Histoire de répéter que le Nigérian et le Burkinabé vont avoir à retrousser très sérieusement la manche. Tandja n’est pas arrivé jusque là pour accepter de partir comme ça sur un claquement de doigt le 23 décembre prochain où Dadis lui n’aura eu qu’un an au pouvoir.

Et même s’il fait profil bas, le locataire du Camp Alpha Yaya n’a pas dit son dernier mot. Il ne croira pas un traître mot des promesses d’impunité qu’on lui ferait, car le meilleur bouclier, il le sait, c’est le pouvoir. On perdra donc beaucoup de temps, mais même ça, ce n’est pas au détriment des hommes forts de Conakry et de Niamey.

Adam Thiam

Le Républicain du 24 novembre 2009