Diplomatie - La rue égyptienne ne s'embarrasse pas de fioritures pour faire savoir son hostilité à Israel. Le rejet de l'Etat hébreu n'est pas seulement verbal. Il se manifeste aussi par des actes. C'est ce qu'il a été donné de voir le 9 septembre dernier avec l'attaque de l'ambassade d'Israel au Caire. Non contente de démolir le mur d'enceinte protégeant l'ambassade, la marée humaine a déferlé dans les locaux, fait descendre le drapeau israélien et jeté des documents par les fenêtres.
Au moins 3 personnes ont été tuées dans les affrontements entre les assaillants de l'ambassade et la police ; plusieurs autres ont été blessées. La vie de l'ambassadeur israélien et celle du personnel de la représentation diplomatique ont été aussi mises en danger et il a fallu les exfiltrer et les rapatrier en Israel. Il est question de leur retour, pas au Caire, dans la capitale jugée inhospitalière, mais à Charm El Cheikh, la station balnéaire sur la Mer Rouge, une fois le calme revenu.
Aussi curieux que cela puisse paraître, malgré la gravité des faits, Israel n'a exigé ni explications, ni excuses aux autorités égyptiennes. Tel Aviv a plutôt réaffirmé son attachement au traité de paix israélo-égyptien de 1979 que la rue semble vouloir remettre en cause depuis la révolution du Nil qui a renversé Hosni Moubarak. En d'autres temps, Israël n'aurait pas hésité à prendre des mesures de rétorsion contre cette atteinte grave aux conventions de Vienne. Cette docilité inhabituelle de l'Etat hébreu amène à se demander si, quelque part, il ne se sent pas coupable de ce qui lui arrive. Si fait qu'il est préférable pour lui de faire profil bas pour ne pas en rajouter. Ici, on pense à son refus obstiné de présenter des excuses à l'Egypte après la mort par erreur, en août dernier, de policiers égyptiens tués dans le Sinaï dans des représailles consécutives à un attentat contre des touristes israéliens.
Apparemment, il n'y a pas que les autorités de la transition égyptienne que cette attitude a vexées. Le peuple a également été frustré et n'a pas hésité à rendre à Israel la monnaie de sa pièce. Tel Aviv semble se comporter toujours comme s'il n'y avait pas eu de changement de régime en Egypte. Il croit encore être aux temps de Moubarak qui a entretenu, durant son règne, des relations privilégiées avec son voisin d'outre-Sinaï. Si l'on était toujours à cette époque, nul doute que le refus israélien de présenter des excuses à l'Egypte n'aurait pas provoqué une tension diplomatique. En outre, aucun Egyptien n'aurait osé lever le petit doigt contre cette attitude à plus forte raison descendre dans la rue pour manifester et/ou s'attaquer à des intérêts israéliens dans son pays. Mais aujourd'hui, ce n'est plus le cas. La coopération entre l'Egypte et Israel est mise à rude épreuve par le printemps arabe.
Sur les bords du Nil, les relations avec Israel ne sont plus la seule affaire des dirigeants. Elles sont également celle de la rue qui ne tarde pas à se faire entendre. La rue tient à ce que les dirigeants se fassent respecter par Israel. Et ceux-ci sont obligés d'en tenir compte depuis la révolution arabe. De son côté, Israel ne doit pas continuer à se comporter comme si de rien n'était. Le pays a intérêt à s'adapter à la nouvelle donne. Et cela pour ne pas être isolé diplomatiquement dans une région où il est en froid diplomatique aussi avec un vieil allié, la Turquie.
Séni Dabo
Le Pays/12/09/2011
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