Politique-Sénégal - Devant l'ampleur des manifestations contre son projet de loi instituant le ticket présidentiel, le président sénégalais a fait marche-arrière. 102 blessés parmi lesquels treize policiers blessés par des jets de pierres. Voilà le triste bilan des émeutes qui se sont produites jeudi dernier à Dakar. Bilan dressé avant-hier par les autorités locales. Des milliers de personnes avaient pris assaut le devant de l'Assemblée Nationale pour empêcher les députés de voter une loi qui, selon la rumeur, visait à faciliter l'élection d'un "ticket" du président Abdoulaye Wade et de son fils. Au cours d'un sanglant face à face avec des policiers anti-émeutes, la population dakaroise a montré la profondeur de sa colère et son profond désaccord face à cette proposition de loi du gouvernement qualifiée d'un hold up par les opposants.
A ce bilan s'ajoute des dégâts matériels, des maisons de responsables du pouvoir brûlées, et des voitures incendiées par les manifestants. Devant l'ampleur de la manifestation, le président sénégalais a fait marche-arrière et a fait retirer le texte controversé dans l'après midi. Mais en réalité, le gouvernement n'a retiré que la disposition la plus contestée de la loi, celle qui prévoyait que le ticket président-vice-président peut remporter la présidentielle s'il obtient 25% des suffrages exprimés, alors que la majorité plus une voix est requise dans le système électoral actuel. N'empêche que le pays, comme par enchantement, est redevenu calme dans la soirée. Mais ce n'était que partie remise.
Profitant de l'avance psychologique prise sur le pouvoir, une coalition des partis de l'opposition et des organisations de la société civile sénégalaises a vu le jour le week-end dernier en mettant sur pied le "Mouvement du 23 juin", ceci en référence à la journée de manifestations qui ont abouti, jeudi 23 juin à Dakar, au retrait du projet de loi instituant le ticket présidentiel-vice-président. Actuellement, ce mouvement exige du président Abdoulaye Wade qu'il renonce purement et simplement à se présenter pour un troisième mandat à l'élection président de février 2012. Le mouvement réclame par ailleurs la mise sur pied d'un organe neutre et indépendant pour l'organisation des élections, qui implique tous les acteurs, en excluant l'actuel ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice du processus électoral.
C'est le moment qu'a choisi Jacques Diouf pour se signaler à l'attention du peuple sénégalais.
Après 18 ans passés à la tête de la FAO, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, Jacques Diouf qui quittera son poste à la fin de l'année vient de déclarer qu'il pourrait être candidat au Sénégal à l'élection présidentielle de 2012. Et certains observateurs pensent déjà que l'irruption sur la scène politique sénégalaise d'un haut fonctionnaire comme lui, reconnu au plan international, pourrait fédérer de nombreux Sénégalais de la majorité comme de l'opposition. Et évidemment les membres du mouvement « Y en a marre ».
Ndzinga Amougou
Cameroon Tribune/27/06/2011
| < Prev | Next > |
|---|